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Interviews - Texte: Hervé Lucien.

Bernard Latarjet

Bernard Latarjet

CROIRE EN MARSEILLE - CAPITALE DE LA CULTURE 2013

Marseille, capitale méditerranéenne de la Culture en 2013 : c'est le projet que porte Bernard Latarjet, ancien conseiller de Jack Lang et François Mitterrand, ancien président de la Cité des Sciences et de l'Industrie à La Villette. Depuis quelques mois, il a mis ses compétences et ses réseaux au service de la candidature marseillaise. Le projet associant Aix et les villes provençales monte en puissance et fait figure de favori face à ses concurrents Lyon, Strasbourg ou Saint-Etienne... Tour d'horizon d'un dossier décisif pour la culture locale avec un de ses principaux artisans.

Pourquoi avez-vous accepté la proposition de défendre Marseille pour sa candidature au statut de Capitale Européenne de la Culture en 2013 ?

J'aime Marseille et cette région. Je trouve que l'ensemble des efforts qui sont produits afin de moderniser cette métropole méritent d'être soutenus. Ensuite, du point de vue culturel, les enjeux de la Méditerranée sont majeurs pour la France et l'Europe ces prochaines années. Et Marseille peut jouer un rôle privilégié et unique dans cette coopération euro-méditerranéenne.

Quels sont les principales qualités du projet marseillais ?

Il rassemble, il mobilise, il fédère le plus grand nombre possible d'acteurs. Pas seulement ceux de la culture mais aussi dans l'économie, l'éducation, la recherche... Il intéresse aussi les politiques. Ce qu'on m'a demandé de faire ici est justement d'aider tout le monde à travailler ensemble sur un projet collectif et commun.

Cette candidature peut contribuer à impulser une nouvelle orientation à la politique culturelle européenne qui a un peu tourné le dos à la Méditerranée pour s'investir dans l'Est du continent ces dernières années. Cela fait-il aussi partie de votre plan de bataille ?

C'est la deuxième qualité essentielle de notre candidature : elle est méditerranéenne. L'Europe, par son histoire et son actualité, doit porter un intérêt soutenu à l'ensemble de la Méditerranée. Face aux problèmes géopolitiques, d'immigration, d'intégrisme religieux, de dialogues des civilisations, d'environnement, la culture a aujourd'hui une responsabilité majeure. Et Marseille est particulièrement bien placée pour constituer une plateforme d'échanges et de coopération à l'échelle de toute la Méditerranée.

Marseille 2013 se veut cosmopolite, proche des citoyens et désire promouvoir un dialogue entre les arts et un croisement des publics. Ce sont des valeurs précieuses pour vous ?

Oui, c'est un projet qui sera à la fois populaire et éducatif ; qui, sur les grands sujets des relations entre l'Europe et la Méditerranée, permettra aux citoyens de travailler sur ses domaines voire de participer à des activités. C'est aussi une candidature qui met en avant la pluridisciplinarité (musique, spectacles vivants, écriture, images), mobilisant toutes les institutions et lieux du territoire.

Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur les projets phares de cette candidature ?

On prévoit d'une part de grandes expositions, notamment sur le thème de l'eau. Nous projetons aussi la création de deux festivals internationaux, qui seront pérennisés au delà de l'année "capitale". Un sera dédié à la création contemporaine en Méditerranée, l'autre aux arts dans la ville. Le troisième volet de ces manifestations est constitué de grandes fêtes populaires dans la tradition marseillaise.

Pourquoi avoir choisi Albert Camus comme fil rouge de cette candidature ?

On fêtera le centenaire de sa naissance en 2013 et Camus est un personnage emblématique de l'Europe et de l'ensemble culturel méditerranéen, à la fois dans son histoire et son actualité. C'est aussi pour nous l'occasion de localiser les commémorations sur le territoire où Camus a terminé sa vie et où il repose, plutôt qu'à Paris et dans les grands musées nationaux...

Les principales objections et critiques sur ce dossier viennent d'acteurs culturels déçus de voir que la municipalité s'engage sur Marseille 2013 avec ambition sans pourtant répondre à des problèmes récurrents et quotidiens d'équipement et de suivi de projets artistiques... Comment voyez-vous ce problème ?

Quand Lille a été candidate en 2004, la majorité des acteurs culturels se sont élevés en disant "plutôt que de mettre de l'argent dans des grands événements fastueux et éphémères, consolidons l'existant !". C'est un discours compréhensible. Ma réponse est simple : il faut faire les deux. Pour développer le projet de capitale, il est nécessaire d'effectuer un travail de fonds sur le tissu culturel existant, destiné à produire des activités qui survivent à l'année capitale.

Quelles sont les retombées attendues si Marseille est désignée ?

Les études effectuées sur les précédentes capitales montrent qu'on peut s'attendre, en effets directement mesurables, à un rapport de six pour un : pour un euro investi, six euros de retombées. C'est pour cela qu'une multitude de villes se battent aujourd'hui pour décrocher ce label !

Quelles sont les prochaines échéances dans la sélection du dossier ?

A la mi-décembre seront désignées les villes françaises retenues pour concourir au niveau européen. Un jury les proposera au gouvernement qui décidera quelles sont les candidatures valables : la décision officielle sera prise dans le courant de l'année 2008, avant ou après les municipales... La sélection finale est fixée pour fin 2008.


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